Ces deux mangas shōjo emblématiques sont-ils plagiés sur les œuvres de CLAMP ?
Dans un précédent article, nous avons évoqué la réputation des CLAMP dans le milieu des mangas shōjo grâce aux innovations qu’elles ont apportées au genre. Pour résumer, voici les points que nous avons abordés :
- Couples gays : une thématique présente dès leurs débuts, alors qu’elles créaient des dōjinshi mettant en scène des relations yaoi (couples gays) avant même de publier leur première œuvre officielle, RG Veda. Pour les curieuses, sachez que les CLAMP ont également réalisé des dōjinshi sur les mangas JoJo’s Bizarre Adventure, Saint Seiya (Saint Seiya chez nous en France) ou Captain Tsubasa (Olive et Tom).
- Couples lesbiens : une thématique que l’on retrouve dans plusieurs œuvres de notre quatuor, les premiers signes visibles dès l’écriture de leur premier manga RG Veda.
- Couples interdits : CLAMP ne s’impose aucune limite en matière d’amour… au point que l’on a parfois l’impression qu’elles vont trop loin. Toutefois, ces relations sont dépeintes de manière à tenir la lectrice en haleine. N’oublions pas que CLAMP mise souvent sur la subtilité : votre interprétation d’une relation peut donc différer de celle d’une autre — bien que nous soyons toujours sorties avec les mêmes conclusions.

Illustration de Setsuna et Sara
dans Angel Sanctuary
Attention : cet article contient des spoilers ! Ne le lisez pas si vous ne souhaitez pas en apprendre davantage sur les mangas mentionnés !
Après ce rapide récapitulatif de l’univers des CLAMP, vous, passionnées de mangas pour jeunes femmes et adolescentes, allez vous poser quelques questions.
Vous vous demandez peut-être si certains des mangas que vous avez lus n’ont pas puisé leur inspiration dans l’univers des CLAMP ?
Nous parlons bien d’un univers plutôt que d’un manga en particulier, car les trois critères évoqués précédemment reviennent fréquemment dans les œuvres de nos mangakas favorites.
Avant de prendre pour exemples deux mangas présentant de nombreuses similitudes, rappelons que la première série de CLAMP, RG Veda, est parue à la fin des années 1980 (1989 pour être exact). On y retrouvait déjà ces relations ambiguës qui ne manqueront pas de faire vibrer la lectrice de shōjo qui sommeille en vous.
Si les noms Angel Sanctuary et Sailor Moon résonnent en vous : c’est un signe positif !
ATTENTION au fandom de Sailor Moon
Certains fans de Sailor Moon s’offusqueront sans doute derrière leur écran en voyant leur manga accusé de plagiat. En tant que référence majeure du genre magical girl et du shōjo, il peut sembler absurde d’accuser Sailor Moon de plagier d’autres mangas.
D’autant que quiconque a jeté un œil à Cardcaptor Sakura fera immédiatement le rapprochement avec les reines du shōjo — à savoir Sailor Moon — et, pour enfoncer le clou, il suffit de se pencher sur Magic Knight Rayearth, une autre œuvre des CLAMP sortie en 1994, soit deux ans avant celle de Cardcaptor Sakura, pour sentir l’inspiration de l’œuvre à succès de Naoko Takeuchi.
Les relations ambiguës chez CLAMP :
Clé de leur succès ou simple attrait secondaire ?
Peut-on les contredire ?
C’est possible, mais ce serait faire preuve de mauvaise foi, tant Cardcaptor Sakura et Magic Knight Rayearth partagent des points communs avec Sailor Moon. Toutefois, ces similitudes n’enlèvent rien au fait que ces deux œuvres restent fidèles à l’univers de CLAMP et, par conséquent, que Sailor Moon constitue un plagiat de cet univers.
Je fais le même constat pour Sailor Moon que pour les œuvres de Kaori Yuki, dont la ressemblance avec les mangas de CLAMP est indéniable. Pour illustrer mon propos, je vais vous présenter les points communs entre CLAMP et les deux mangas mentionnés plus haut ; vous réaliserez ainsi à quel point ce groupe de femmes constitue un pilier du milieu du manga.
Angel Sanctuary, le manga shojo revisité de la fin du monde façon CLAMP
Pour commencer, mettons-nous d’accord : Angel Sanctuary est un excellent manga !
Le dessin est impeccable, l’histoire est passionnante et Kaori Yuki sait nous faire aimer ses personnages — avis aux fans de Katan, levez la main !
Malgré tout l’amour que je porte à Angel Sanctuary, quiconque a lu ne serait-ce qu’un chapitre de X/1999 ne peut s’empêcher de remarquer les similitudes entre les deux œuvres.
L’intrigue principale, tant dans Angel Sanctuary que dans X/1999, porte sur la fin du monde à l’aube du nouveau millénaire. Si l’on espère tous que cela ne se produira jamais, plusieurs mangakas se sont inspirés des prophéties bibliques pour créer des œuvres abordant cette catastrophe planétaire, notamment Kaori Yuki et les CLAMP.
Bien que la vision de la fin du monde de CLAMP n’ait pas de lien direct avec Hokuto no Ken, je soupçonne une influence de ce dernier, mais nous aborderons le sujet dans un autre article. Pour en revenir à la série Angel Sanctuary, celle-ci comporte bien plus de points communs avec la fin du monde dépeinte par les CLAMP que celle de Hokuto no Ken ou des cyberpunks de cette période centrée, ce qui nous amène inévitablement à nous interroger sur les sources de son inspiration.
Anges contre Démons – Dragons du Ciel contre Dragons de la Terre
Voici les deux camps ennemis que l’on retrouve respectivement dans Angel Sanctuary de Kaori Yuki et X/1999 des CLAMP.
Dans ce dernier, les Reines du Shōjo font preuve d’une plus grande subtilité dans la désignation des camps. Plutôt que de qualifier les « gentils » d’anges et les « méchants » de démons, le shōjo les désigne respectivement sous les noms de « Dragons du Ciel » et « Dragons de la Terre ». Comme vous l’aurez compris, les Dragons du Ciel forment le groupe des héros qui lutte pour protéger la Terre — et plus précisément Tokyo — des attaques ennemies. Pour ce faire, ils déploient des kekkai (barrières magiques) afin d’éviter que les humains ne se retrouvent impliqués dans un combat perdu d’avance contre un Dragon de la Terre. Leur rôle est donc l’exact opposé de celui de ces derniers. Mais sont-ils pour autant véritablement maléfiques ? À vous d’en juger.
Angel Sanctuary fait preuve de moins de subtilité que X/1999, mais les conséquences et les enjeux demeurent identiques. Les démons, dépeints comme des alliés de Lucifer, affrontent les anges — parmi lesquels figurent les quatre gardiens (Raphaël, Michael, Uriel, Gabriel), les séraphins, les chérubins et les Grigols, ces derniers étant dépourvus de forme charnelle — à l’exception d’un personnage dont je ne mentionnerai que la première lettre « K ».
Le conflit opposant anges et démons est bien réel, même s’il est moins omniprésent que dans X/1999, œuvre où chaque Dragon du Ciel semble avoir un ennemi attitré dans le camp ennemi des Dragons de la Terre. Dans Angel Sanctuary, nous suivons le périple de Setsuna, qui se rend dans le monde des morts pour ramener la jeune fille qu’il aime, Sara Mudo.
Une histoire similaire au personnage principal
- Personnages principaux : dans les deux œuvres, on retrouve un triangle amoureux ainsi qu’un ami qui excelle en tout. Setsuna Mudo, c’est Kamui Shiro ! Et je ne parle pas seulement du personnage, mais aussi du design de cet adolescent turbulent. Setsuna aurait pu ressembler à Katan ou à Kira pour mieux se démarquer de Kamui Shiro, mais non. Kaori Yuki a fait en sorte que son héros soit comparable à celui de X/1999 à tous égards. La couleur des cheveux diffère-t-elle ? L’argument tiendrait la route si Kaori Yuki n’avait pas fini par donner des cheveux sombres à Setsuna au fil de la série. Quant à la personnalité, Setsuna est une brute insupportable qui rappelle le Kamui du début de la série, avant sa transformation radicale.
Si vous pensez qu’on ne peut pas faire pire que Kamui en matière de plagiat, vous sous-estimez la détermination d’un auteur. Observez Kotori à deux reprises, puis reportez votre attention sur Sara, et vous comprendrez la véritable signification du copier-coller.
Quant au troisième de la bande, contrairement à ses deux camarades Setsuna et Sara, le physique de Kira-senpai diffère considérablement de celui de Fuma. Certes, il s’agit bien d’un grand brun célèbre, mais hormis ces deux critères, le lecteur n’a pas l’impression de voir un personnage tout droit sorti de l’univers de X/1999. Bien que Kira soit physiquement différent, son évolution rappelle celle de Fuma. Tout comme ce dernier, Kira est le meilleur ami du protagoniste, populaire auprès de la gent féminine et admiré par ses homologues masculins.
Tout semble sourire à nos deux ténébreux jusqu’au jour où la Révélation frappe. À partir de ce moment, les dés sont jetés. Dans X/1999, Fuma choisit — indirectement — son camp et rejoint les six autres membres des Dragons de la Terre, tandis que dans Angel Sanctuary, Kira se souvient d’avoir été Lucifer et reprend la place qui lui revient.
Il est à noter que l’élément déclencheur pour Kira survient plus tard que pour Fuma, dont le basculement est provoqué par le sacrifice de sa sœur Kotori.
Le sauveur de la Terre au cœur d’un triangle amoureux trompeur
- Des relations ambiguës : que vaudrait une comparaison avec les œuvres de CLAMP sans évoquer leurs couples « yaoi » ? Entre Setsuna et Kira-senpai, on s’interroge parfois sur la nature de leur relation. Sont-ils simplement amis ? Se considèrent-ils comme des frères ? Certains sont à l’aise avec cette idée, tandis que d’autres perçoivent un lien bien plus profond que l’amitié ou l’affection fraternelle entre ces deux personnages masculins. Il en va de même pour Kira et Kato, un autre ami délinquant de Kira, idem pour Rosiel et Katan.
Sailor Moon, un manga shojo plagié sur le Voleur aux Cent Visages
- Personnages : Qui ne se souvient pas de Tuxedo, ce voleur masqué qui surgit — étrangement — au moment opportun, brandissant sa rose rouge pour tirer les Sailor d’une situation critique ? Vous serez peut-être surprises d’apprendre que cet être mystérieux — dont le nom, « Tuxedo », signifie « smoking » — ressemble à Akira, le héros de la deuxième série des CLAMP, Le Voleur aux Cent Visages, également l’un des trois héros-détectives de leur série CLAMP School Detective, et apparaît à l’âge adulte dans X/1999 auprès de ses deux autres camarades détectives.
Le personnage d’Akira a été inspiré par Arsène Lupin, créé par l’auteur français Maurice Leblanc. Pour rappel, Akira porte un smoking noir assorti d’un haut de forme lorsqu’il opère dans sa série Le Voleur aux Cent Visages.
Cette tenue vous rappelle quelque chose ?
Vous avez deviné : celle de l’homme masqué de Sailor Moon.
What if You Reincarnate In Black Butler or Earl Cain?
Certes, CLAMP ne sont ni à l’origine de ce style vestimentaire ni les premières à créer un personnage calqué sur celui d’Arsène Lupin. Le célèbre manga des années 1960, Lupin III, est l’une des adaptations du fameux gentleman-cambrioleur, dont le protagoniste est d’ailleurs son descendant.
Toutefois, les personnages de Lupin III et d’Akira possèdent des designs très distincts, contrairement à ce que nous observons entre ce dernier et Tuxedo de Sailor Moon.
S’agit-il d’une simple coïncidence ?
C’est possible ; il est tout aussi plausible que Naoko Takeuchi ait apprécié le design d’Akira et s’en soit inspirée pour créer l’un de ses personnages masculins.
Aucune gêne quant à leurs personnages LGBTQ+ et leur représentation
- Couples LGBTQ+ : Ce n’est plus une surprise de constater que les CLAMP et le yaoi — bien que subtil — vont de pair. Il n’a pas fallu attendre Cardcaptor Sakura pour que les fans de ce groupe de mangakas décèlent des relations ambiguës entre les personnages masculins de leurs mangas favoris. C’était déjà le cas dès leur première œuvre où CLAMP prenait plaisir à multiplier les clins d’œil. Cette particularité des auteurs se retrouve également dans Sailor Moon, avec le couple gay formé par Zoisite et Kunzite, ainsi que la relation lesbienne entre Sailor Uranus et Sailor Neptune.
L’écriture de cet article n’a pas pour but de provoquer une émeute au sein des fandoms de tels ou d’intels artistes, mais cherche plutôt à souligner un point important que trop de personnes survolent au sujet du plagiat. À mon sens, le plagiat est un terme utilisé avec exagération et la plupart du temps, il n’a nullement sa place dans une discussion.
La véritable question à se poser, à propos de ce que vous avez appris, est de savoir si les œuvres que j’ai mentionnées — et d’autres qui vous viennent à l’esprit — méritent d’être qualifiées de plagiat lorsque vous constatez des similitudes avec une autre œuvre.
Concernant Angel Sanctuary et Sailor Moon, je parlerais d’inspiration, mais libre à vous d’utiliser le terme qui vous convient. Que l’on parle de plagiat, de copie ou d’inspiration, ces emprunts présentent des aspects positifs.
Par exemple, nous n’aurions peut-être jamais vu le jour d’une œuvre comme Angel Sanctuary qui figure dans mon top 10 des meilleurs mangas jamais lus. Je respecte également Cardcaptor Sakura pour son histoire et son univers, même si ce n’est pas le manga des CLAMP que je préfère. Parce que la petite Kinomoto a vu le jour grâce à Sailor Moon ne fait pas pour autant de Cardcaptor Sakura un manga sans intérêt qui n’aura rien apporté au genre shōjo. CLAMP a su tirer parti des points forts de Sailor Moon pour les intégrer à une œuvre qui a donné naissance à une autre série mettant en scène Sakura et Shaolan.
Il en va de même pour Sailor Moon : l’autrice a su exploiter la réputation grandissante des CLAMP pour incorporer certains de leurs éléments dans son propre manga, en faisant ainsi un incontournable dans le domaine du Magical Girl et du Shōjo au sens plus large.
Sailor Moon possède ses propres atouts, comme l’amitié qui unit les Sailor et leur combat pour défendre le bien. Et si l’on y regarde de plus près, on constate que presque toutes les œuvres qui existent sur terre s’inspirent d’autres créateurs ; il est quasiment impossible pour un artiste de concevoir quelque chose de totalement inédit sans puiser ses idées ailleurs. Le problème survient lorsqu’un artiste crée une œuvre si proche d’une autre que la majorité s’accorde à dire qu’il s’agit d’un plagiat.
Modifier la longueur des uniformes des « Sailors » et les rebaptiser « Sea Fighters », tout en conservant le reste de l’œuvre originale, suffit à considérer « Sea Fighters » comme un plagiat de Sailor Moon.




