Pourquoi les Femmes Raffolent-Elles des Mangas de Sport ?
S’il existe bien une anomalie parmi les nombreux sous-genres du shounen, ce sont les mangas de sport.
Pourquoi me direz-vous ?
Après tout, il n’y a rien de suspect dans les mangas de sport, si ce n’est l’exagération des auteurs japonais, comme toujours, pour rendre un sport qui n’a jamais particulièrement suscité votre curiosité, tellement addictif que vous reproduisez à votre tour les mêmes enchaînements.
Qui ne se souvient pas des sauts de dix mètres dans le manga Jeanne et Serges ? Et sans parler des acrobaties et techniques de karaté retrouvées dans Olive et Tom.
On avait davantage l’impression que nos protagonistes s’étaient perdus dans l’univers de Battle Royale — et nous parlons d’un seinen dans lequel des collégiens sont contraints de s’entretuer — qu’ils s’entraînaient pour participer à un championnat.

Illustration de Rukawa Kaede de Slam Dunk
Rappelez-vous des entraînements de Jeanne et des autres membres de l’équipe de volley-ball dans Jeanne et Serge, qui s’apparentaient à une torture, semblable à celle infligée par Kazuo Kiriyama à ses victimes, plutôt qu’à des entraînements destinés à des adolescentes désireuses de donner le meilleur d’elles-mêmes.
Quand je vois les tortures physiques qu’elle subissait, je me suis dit une chose :
Jamais je ne participerai à un sport de ma vie !
Si c’est pour se faire battre par un entraîneur abusif, autant accepter de vivre sans ambition pour le restant de ses jours.
Après, le cas de Jeanne et Serge était tout de même excessif, l’auteur prenant des libertés qui nous interrogent sur son équilibre mental. Nous en avons connu des coachs et des enseignants au comportement déplacé envers leurs étudiants dans les mangas, mais celui de Jeanne et Serge mérite une place dans le top cinq.
Des psychopathes ces japonais !
Durant cette même période, nous avons eu le manga Olive et Tom et, à la différence de Jeanne et de ses équipiers, l’équipe de notre héros n’a jamais été confrontée à de telles maltraitances. Pour autant, la moralité n’était pas forcément au rendez-vous non plus. Mais c’est un point que nous n’aborderons pas dans cet article.
En termes d’exagération, Olive et Tom ont certainement été des pionniers dans le milieu du sport. Entre les ballons de foot qui volent dans les airs avant d’être récupérés par un acrobate admirable et un gardien qui déploie ses talents de karatéka pour stopper des balles si puissantes qu’elles le propulsent jusqu’aux buts : c’est la représentation même de l’exagération à la sauce japonaise !
Ces deux mangas shōjo emblématiques sont-ils plagiés sur les œuvres de CLAMP ?
Capter l’attention dès les premières secondes
La force des mangas de sport, c’est la manière dont ils captivent l’attention du lecteur dès les premières pages, notamment par l’introduction du personnage principal. Souvent masculin, le personnage principal du manga parvient rapidement à créer un lien entre le protagoniste et son public féminin, pourtant habitué à suivre les aventures de personnages plus délicats, comme nous les retrouvons en grande majorité dans les shōjo, les josei, voire les shounen-ai.
L’alchimie qui naît entre le protagoniste et la lectrice lui permet d’apprécier un sport qui, en dehors de l’univers du manga, ne l’aurait jamais intéressée. Il faut dire que plusieurs éléments des mangas de sport continuent d’être des points forts qui justifient l’intérêt pour ces œuvres, à savoir : le style de dessin, les choix des seiyus (doublage japonais) dans les animes et la manière dont les scènes d’action sont mises en valeur, les émotions des joueurs, transcrites avec un tel effort que l’on se croirait à leur place.
Rappelons-nous le match incroyable qui eut lieu entre l’équipe de Kise et celle d’Aomine lors de la première saison de Kuroko no Basket.
Bien que Kise admire Aomine, l’adolescent a tout donné durant leur match, me laissant sans voix de la première à la dernière seconde, tant les scènes étaient intenses.
Si vous avez prêté attention aux mangas de sport avant les années 1990 et à ceux sortis depuis les années 2010, vous constaterez que les auteurs sont beaucoup plus modérés — bien qu’ils gardent une signature japonaise, les éditeurs et mangakas tentant de rester plus fidèles aux sports que l’on retrouve dans le monde réel.
Terminé les gymnastes qui se sont perdus sur un terrain de foot
Si vous regardez Kuroko no Basket et Haikyu!, vous vous rendez compte que leurs entraîneurs sont relativement civilisés et ne viennent pas fouetter leurs joueurs pour des raisons toutes plus déplorables les unes que les autres.
Est-ce la raison qui pousse les femmes à représenter un fort pourcentage de l’audience des mangas de sport ?
C’est ce que nous allons discuter plus en détail dans un instant.
La Raison Derrière la Popularité des Mangas de Sport Auprès du Public Féminin
Bien que je n’aie pas mené de sondages auprès des femmes pour connaître les différentes raisons qui les amènent à vouer un grand amour aux mangas de sport (en dehors des éléments cités plus tôt), j’ai ma petite théorie. À l’ère d’internet, où il nous est possible de connaître l’avis d’un groupe de personnes via des forums ou des réseaux sociaux, mon rôle s’en est trouvé facilité.
Qui plus est, ayant participé à des conventions où l’engouement des femmes résonnait dans les salles à l’apparition d’un cosplay de leur personnage favori, ma théorie me paraît très plausible quant aux raisons qui expliquent la popularité des mangas de sport :
- Le design des personnages
- Les couples
Des sportifs au physique attrayant
Beaucoup de ces mangas de sport ont suscité la sympathie des femmes en raison du physique, que très convaincant, de leurs personnages masculins.
Qui peut résister à un ténébreux aussi charmant que Kaede dans Slam Dunk ou au sourire rayonnant de Fuji dans Prince of Tennis ?
Vous avez certainement déjà la réponse qui pend au bout de votre langue : peu de femmes. Et je n’ai cité que deux exemples parmi une multitude, car des jeunes athlètes dans les mangas de sport, vous comprendrez qu’il y en a à la pelle. Le physique sculpté des sportifs a fortement contribué à son succès auprès de la gent féminine, qui, je vous le rappelle, n’est pas la cible principale de ces mangas, destinés aux garçons.
Une équipe de sportifs libère l’imagination des lectrices
Lorsqu’un auteur crée une histoire dans un harem où les lectrices suivent le quotidien d’hommes charmants, c’est la formule idéale pour laisser libre cours à leur imagination débordante.
Autant je me dis que mes yeux voient de l’amour dans des relations purement amicales par moments, autant, dans d’autres cas, les mangakas jouent sur les relations entre les sportifs pour éveiller la curiosité des femmes.
Les Relations Ambiguës de CLAMP sont-elles la raison de leur succès ?
Par ailleurs, saviez-vous que le premier couple favori des femmes dans le milieu du sport a commencé avec Captain Tsubasa ?
L’auteur de Zetsuai, Minami Ozaki, avait originalement créé son manga qui était une doujinshi de Kojiro et Ken (Mark Landers et Ed Warner dans notre version française) avant que le manga soit adapté en série qui a connu un franc succès.
Rendez-vous compte de l’impact du couple de Kojiro et Ken qui, potentiellement, a pu ouvrir les yeux à d’autres mangakas – ou aux maisons d’édition – qui ont vu dans ce succès l’argent qu’il pourrait se faire s’ils parvenaient à élargir leur audience , sans froisser pour autant celle de base peu adepete des Boy’s Love.
Les œuvres Prince of Tennis et Hikaru no Go, sorties quasiment à la même à la fin des années 1990, ont fièrement pris la relève de Captain Tsubasa, les femmes développant une addiction contagieuse pour les tennis-mans et les joueurs de Go qui saturent aujourd’hui leur compte Pinterest.
Et plus récemment, les mangas Kuroko no Basket, Haikyuu! et Blue Lock nous indiquent que ce n’est pas aujourd’hui qu’il y aura une baisse de l’intérêt des femmes pour les mangas de sport.
Quels mangas de sport vous ont le plus marqué ? Et quels personnages vous ont le plus ému ?


