Les Relations Ambiguës de CLAMP sont-elles la raison de leur succès ?

Pour ceux et celles qui ont vécu durant l’âge d’or des mangas, le nom CLAMP ne vous est pas inconnu. Très loin de là !

Illustration de Toya et Yukito de Card Captor Sakura

Apparu dans les années quatre-vingt-dix, CLAMP est un groupe de femmes composé à ce jour de quatre membres : Nanase Ōkawa, Mokona Apapa, Tsubaki Nekoi et Satsuki Igarashi. Pour les CLAMPistes – donnons un nom aux fans -, trois de ces noms résonnent en vous. Bravo 👏🏿👏🏻👏 !

Les CLAMP ont eu la brillante idée de donner leur nom à leurs personnages et plus de mangakas devraient suivre leur exemple.

Pour ceux et celles qui ont besoin d’un rappel – et les largué.e.s -, ne vous inquiétez pas car vous allez avoir votre réponse. Le prénom Mokona vous est-il familier ? Il y a de fortes chances car sa petite bouille a fait fondre le cœur de millions de fans dans Tsubasa Reservoir Chronicle. Mais saviez-vous que ce manga sorti en 2003 n’est pas la première apparition de Mokona ? Eh oui  ! La petite boule adorable apparaît pour la première fois dans le Magical Girl Magic Knight Rayearth en 1994. À cette époque, Mokona ne parlait pas, ce qui aurait fait les beaux jours de Kurogane.

Moins populaires auprès du general public, les noms Nekoi et Satsuki parleront tout de même aux fans inconditionnel.le.s de CLAMP qui se souviennent de l’affrontement brutal entre Yuzuriha Nekoi et Satsuki Yatōji dans X/1999. Tout comme leur camarade Mokona, nos deux opposantes sont retournées à l’écran dans le cross-over Tsubasa Reservoir Chronicle.

La série X/1999 disponible en anglais sur Crunchyroll

Maintenant que vous avez plus de matière sur ce quatuor de mangakas, parlons d’une des raisons fondamentales de leur notoriété. Celle-ci remonte à une époque où la notion d’une relation « normale » s’éloignait de celle que nous avons de nos jours… Du moins, d’un point de vue occidental.

Quand CLAMP émerge dans les années quatre-vingt-dix, ses membres sont connues pour mettre en avant des personnages aussi bien ambigus dans leur comportement que dans les relations entretenues avec d’autres personnages, parfois du même sexe… parfois en dessous de l’âge légal – professeur Terada de Card Captor Sakura est l’exemple le plus parlant. Dire que dans le pays du Soleil-Levant la majorité est à vingt ans (c’était le cas jusqu’en 2022 où la majorité est tombée à dix-huit ans) ; on a de quoi écarquiller les yeux. Malgré les excès des CLAMP, leur contenu nous donne toujours envie de passer au-delà et connaître la fin de leurs mangas.

Ce qui semble normal dans le monde occidental de nos jours chez les nouvelles générations, l’était moins il y a trois décennies de cela.

Connues pour être des auteures de Shojo, les CLAMP ont cassé les codes en puisant leurs sources dans plusieurs genres qui ont construit leur univers. Au-delà de leur art remarquable, ce qui a séduit les lectrices de l’époque chez CLAMP étaient les relations ambiguës de leurs personnages masculins, en adéquation avec la montée de la popularité du Yaoi au Japon.

Illustration de Subaru Sumeragi et Seishiro Sakurazuka de Tokyo Babylon

 

Communauté LGBT dans RG Vega, le début des relations interdites selon CLAMP

Loin de moi l’idée d’offenser qui que ce soit mais pour l’intérêt de ce post, nous nous plaçons d’un point de vue biblique – en référence à Tokyo Babylon et X/1999 sur lesquelles je reviendrai un peu plus tard.

Avec la sortie de RG Veda, CLAMP pose leur signature en tant que reine des « interdits » avec des personnages : homosexuels, lesbiennes, bis, travestis et incestes. Mais est-ce réellement le cas ? Quand on prête attention aux mangas de CLAMP, les relations citées plus tôt sont rarement explicites et sont plutôt de l’ordre de l’interprétation. CLAMP joue avec les regards, les paroles et le comportement de leurs personnages pour installer une ambiance qui paraît aux lectrices plus poussée qu’une simple relation fraternelle ou amicale.

 

Restez connecté.e.s aux nouveautés de l’univers CLAMP, made for the CLAMPistes

 

Prenant le cas de RG Veda avec Yasha et Ashura. Des fans mordu.e.s de Yaoi hurleront sur tous les toits que nos deux héros s’aiment… d’un amour plus que fraternel. Quelle preuve avons-nous ? Certes, il y a une affection incontestable entre Yasha et Ashura ; il suffit de comparer les efforts du premier pour protéger son cadet par rapport à ceux fournis pour aider son frère Rasetsu – sans rancune. En dehors de l’imagination débordante des CLAMPistes, à aucun moment CLAMP montre de manière explicite une relation qui mettrait tout le monde d’accord sur le fait que Yasha et Ashura sont amoureux. Prenons l’exemple de deux cas extrêmes, toujours dans la même œuvre, soit Rasetsu et Shara ainsi que Bishamon-ten et Kissho-ten.

Le premier est un couple sain dans lequel CLAMP nous montre très clairement la relation entretenue par les deux mariés. Rasetsu et sa femme ont une symbiose de quoi émouvoir les plus insensibles et CLAMP nous montre sans passer par quatre chemins la nature de leur relation qui ne laisse place à l’ambiguïté. Dans le deuxième (cas), la relation de Bishamon-ten et Kissho-ten est loin d’être enviable et le triste sort de la mariée émeut les CLAMPistes. Pour autant, CLAMP nous montre une fois de plus les sentiments profonds du mari envers son épouse et vice versa. Peut-on en dire de même de Yasha et Ashura ? Pas vraiment.

Vous remarquerez que cette ambiguïté touche plus souvent les couples « gays » que les autres relations. Pour le coup, les CLAMPistes fans des couples Yuri sont mieux traités par notre quatuor car les relations entre filles sont moins soumises à l’interprétation. Toujours pour citer RG Veda, le couple Soma et Kendappa en est la preuve. Kendappa prononce ces quelques mots qui obligent même les plus rageux à en venir à une seule conclusion. Hélas, on attend encore le jour où la même se produirait entre deux hommes.

 

 

L’Enfant Pécheur

l’histoire d’une étudiante qui cherche à se faire
un nom dans une ville réservée à l’élite

Tokyo Babylon, le successeur de RG Veda avec le retour des relations ambiguës

La meilleure œuvre de CLAMP, Tokyo Babylon, est un bon exemple pour démontrer le sadisme des mangakas. Cherchez sur notre ami Wikipédia le résumé de Tokyo Babylon et il vous dira noir sur blanc que Seishiro et Subaru sont en couple. Alors pourquoi tant de frustration ? Pour la simple et bonne raison qu’une CLAMPiste n’apercevra aucune différence entre la relation de Subaru et Seishiro et celle entre Yasha et Ashura. Seishiro donne l’impression aux lectrices d’être le personnage comique de service qui taquine Subaru pour le mettre mal à l’aise. À ce stade, il se différencie peu de Hokuto, la sœur jumelle de notre protagoniste, qui se plaît par moment à embêter son jumeau. Si vous vous attendez à voir dans le couple de Seishiro et Subaru, une relation qui se rapproche de celle de Sakura et Shaolan dans Card Captor Sakura : voyez vos attentes à la baisse ! Les couples Yaoi dans les mangas de CLAMP ont tendance à garder une part de mystère.

Illustration de Soma et Kendappa dans RG Veda

 

Nous pourrions nous attarder encore des heures à citer toutes les relations Yaoi des mangas de CLAMP mais le temps est précieux. Ce que vous devez savoir, c’est que dans la plupart des cas les CLAMP laissent leur audience sur sa faim. Pourtant, on note un petit déclic à partir des années quatre-vingt-quinze où les CLAMP ont une approche plus assumée de leurs relations Yaoi. On peut citer le couple de Kokuyo et Hisui dans Wish où les deux hommes vivent leur histoire d’amour au grand jour.

Tout comme Ashura, Hisui est asexué mais les CLAMP ont employé l’usage du masculin pour le qualifier. Dans le cas de Hisui, le fait d’être un ange – qui n’a pas de sexe -, justifie qu’il soit asexué.

 

L’héritage oublié d’un groupe de mangakas femmes

 

 

Bien sûr, que serait un post sur les relations ambiguës de CLAMP sans mentionner la plus connue de toutes : Toya et Yukito. Au fil des années, les CLAMP se sont montrées plus généreuses en introduisant plus d’éléments qui agitent le cœur des CLAMPistes dans tous les sens.

Malgré les efforts de CLAMP, les relations entre hommes restent en grande majorité sujettes à interprétation plus qu’autre chose. Une partie des CLAMPistes jurera que les couples Yaoi sautent aux yeux et une autre les contrecarrera affirmant n’y avoir rien de concret qui justifierait tant d’hystérie. À vous d’en débattre !

Pour conclure, peut-on dire que le succès de CLAMP se doit à ces relations ambiguës ? Oui et non.

Oui, car il faut reconnaître que cette approche a apporté une nouveauté dans l’univers du Shojo. Lisez les œuvres de Kaori Yuki et le manga Sailor Moon pour reconnaître l’influence de CLAMP. Malgré cette notoriété, remettre tout le succès de CLAMP sur leurs relations ambiguës dénigre la qualité du travail de nos mangakas. Après tout, CLAMP représente un groupe de quatre artistes qui ont exploré différents univers pour créer le leur avec un talent artistique qui reflète les grands succès des années quatre-vingt. Les CLAMPistes s’étalent sur plusieurs générations et se plaisent à (re)lire des mangas qui ont marqué leur jeunesse.

Que pensez-vous des relations ambiguës de CLAMP ? Ont-elles été l’élément déclencheur de votre amour pour leurs mangas ? Si oui, lequel de leurs livres vous a convaincu ?

À très bientôt pour un autre chapitre sur CLAMP 👋🏿✨

 

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